LE DEFI DES VILLES AFRICAINES Vers une accélération de l’urbanisation en Afrique
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(2015)

  • @ebahizi

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    LE DEFI DES VILLES AFRICAINES Vers une accélération de l’urbanisation en Afrique 1. Présentation du contexte L’auteur, Loïc Batel, est un ancien élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Ecole nationale de l’administration française, agrégé et docteur en histoire. Il est actuellement rapporteur à la Cour des Comptes après avoir occupé plusieurs postes au sein de l’Agence française de développement. Parmi les défis que doit relever l’Afrique dans les décennies à venir figure en première ligne, la croissance démographique. En cela s’ajoute les questions d’accès à l’eau potable et de l’assainissement qui deviennent des plus en plus préoccupantes dans les villes africaines. L’insécurité et l’instabilité des villes africaines aussi constituent des freins au développement des villes africaines. Pour pallier à cela, la solution ne proviendra pas d’ailleurs, les africains sont appelés à faire face à ces problèmes par une approche englobante, une approchée intégrée de la ville. La croissance démographique est le défi le plus important que l’Afrique doit relever dans les prochaines décennies. « Au centre de ce défi aux conséquences économiques, environnementales, politiques et développementales majeures, les villes jouent déjà et joueront un rôle essentiel » Paradoxalement, cette transformation des villes africaines, peut représenter une chance pour l’Afrique. Ce processus de rassemblement des hommes pourra générer mécaniquement des gains de productivité substantiels, des opportunités de commerce et donc un certain rythme de croissance économique. Force est de constater malheureusement que la croissance urbaine en Afrique, n’a pas conduit à une amélioration déterminante des conditions de vie. Plusieurs facteurs expliquent cela. Alors que dans la plupart des pays du monde, le secteur agricole est à l’origine des investissements nécessaires à la création d’emplois, mais en Afrique ce secteur est totalement négligé. 2. Thèmes proposés par l’auteur 2.1. Le « dividende démographique » africain La croissance démographique qui est constaté globalement en Afrique, peut devenir une chance pour l’Afrique. Loin d’être suffisante, la densification des territoires et l’urbanisation qui en résulte sont une condition nécessaire à la croissance. Comme ailleurs sur la planète et à d’autres époques, ce processus de rassemblement des hommes, par sa simple existence, générera mécaniquement des gains de productivité substantiels, des opportunités de commerce et donc un rythme de croissance économique. En d’autres termes, le « dividende démographique » africain pourrait constituer un des moteurs de la croissance économique du sous – continent, en raison du fantastique appel d’air induit par la croissance des populations urbaines dont les seuls besoins en infrastructure sont estimés par la Banque africaine de développement à près de 93 milliards de dollars (USD) par an, dont plus d’un tiers engendré par la seule maintenance. La croissance des villes africaines devrait également entrainer un accroissement significatif de la taille des marchés de consommation que représenteront demain ces centres urbains. Un rapport de Mac Kinsey avance ainsi qu’en 2020, les villes d’Alexandrie, du Caire, du Cap, de Johannesburg et de Lagos devraient chacune bénéficier de populations dotées d’un pouvoir d’achat supérieur à 25 milliards de dollars par an, une douzaine d’autres villes moins importantes relevées dans l’étude affichant des chiffres proches de 10 milliards. La difficulté à chiffrer de façon crédible de tels besoins incite, là encore, à la plus grande prudence. Mais ce qui est évident est que l’Afrique accueillera demain d’importants Au – delà du seul « dividende démographique », la croissance des villes africaines représente un vecteur unique de transformation de grande ampleur, non seulement de la physionomie des villes elles – mêmes, mais aussi à travers elles, de l’ensemble du continent dont elles accueilleront l’essentiel de la population. La ville africaine de demain peut, en ce sens, devenir le creuset de changement uniques en matière de gestion de la ressource, de gouvernance et d’apprentissage du vivre ensemble. L’auteur a présenté dans son analyse, le potentiel que regorge une forte population surtout la jeunesse africaine en termes de main d’œuvre importante capable d’occasionner la croissance économique. Je partage partiellement la vision de l’auteur à la seule différence que certaines conditions sont nécessaires à remplir pour que cela soit possible, entre autre la volonté politique des dirigeants africains qui doivent savoir reconnaitre en cette croissance démographique un moteur d’une croissance économique par la valorisation de la jeunesse et la création d’un environnement qui favorise et encourage les initiatives locales. En termes de planification, les espaces doivent être aussi prévus pour recueillir cette population qui ne fera que croître. 2.2. Les risques d’un développement urbain « business as usual » A la différence de ce que l’on peut observer au niveau mondial où la croissance urbaine a une nette tendance à stimuler la construction et les infrastructures, secteurs qui agissent à leur tour comme autant d’agents démultiplicateurs d’activité, la ville africaine n’entraine pas, pour l’heure, d’accélération significative de la croissance économique. En d’autres termes, l’urbanisation n’a pas, en Afrique, conduit à une amélioration déterminante des conditions de vie. Plusieurs facteurs peuvent être avancés pour rendre compte de cette stagnation : alors que, dans la plupart des pays du monde, le secteur agricole est à l’origine des investissements nécessaire à la création d’emplois, celui – ci continue, en Afrique, à souffrir d’un manque cruel de capitaux. De là le maintien d’une faible productivité et donc, la faiblesse de la capacité d’investissement dans les autres secteurs qui trouvent leur plein développement en zone urbaine. Au – delà des raisons qui expliquent ce constat global, quatre principales lignes de faille, propres aux villes africaines, font peser sur leur avenir de fortes contraintes. Le premier facteur de fragilité des villes africaines tient paradoxalement aux populations qui la composent. La population urbaine est jeune (20% des Africains avaient en 2012, entre 15 et 24 ans) et surtout sous employée. Le taux de chômage parmi les jeunes en tenant compte du secteur formel est de plus en plus inquiétant. « Malgré le taux de croissance moyenne à 4% en 2013, plus de 70 % des jeunes Africains en moyenne vivraient avec moins de 2 dollars par jour, soit le seuil de définition de la pauvreté ». Le manque ou la fragilité des infrastructures adéquates constitue une ligne de faille d’importance vitale que la croissance urbaine de demain peut transformer en vecteur d’instabilité majeure. La question de l’eau potable et de l’assainissement est aussi centrale. Malgré une disponibilité potentielle en eau évaluée à près de 6.000 m3 par habitant et par an, mais l’Afrique Subsaharienne possède les plus bas taux au monde quant à l’accès à une eau potable en quantité suffisante et de bonne qualité, ainsi qu’à des services d’assainissement adéquats. Il faut signaler aussi les risques que font peser à terme les conséquences du changement climatique sur les cultures – sècheresse, événements extrêmes, les catastrophes naturelles, diminution des terres arables, stress hydrique etc. mais aussi la faible productivité de terres africaines déjà très sollicités par les monocultures pourraient constituer autant de facteurs de tensions dans des villes africaines qui témoignent déjà d’une grande fragilité institutionnelle. « Rassurer la ville, assurer sa stabilité et sa sécurité tout en lui donnant davantage d’unité et de cohérence constituent un autre défi majeur pour l’Afrique urbaine actuelle et à venir ». Une autre faille moins médiatique mais aussi sans doute tout aussi essentielle pour l’appréhender le quotidien des villes africaines, c’est l’insécurité foncière qui constitue un autre frein majeur au développement urbain. Cette situation tient parfois à l’illégalité de l’occupation des terrains eux – mêmes mais également à l’existence de plusieurs administrations parfois concurrentes en charge du foncier. Je partage parfaitement les points de vue de l’auteur en affirmant que la dualité qui existe entre la coutume et la loi écrite en matière foncière est à la base des nombreux conflits. A l’exemple de la République Démocratique du Congo (RDC) où le code foncier dit que le sol et le sous – sol appartient à l’Etat et de l’autre côté les chefs traditionnels qui se déclarent propriétaires des terres en vertu de la coutume. Une telle situation amène des conflits et actuellement en RDC, 80% des conflits au niveau des cours et tribunaux sont d’origine foncière. 2.3. Des solutions avant tout africaines au service de la ville durable L’Afrique ne pourra relever efficacement aucun des défis que contient cette urbanisation de grande ampleur sans l’adhésion des Africains et la fin de pratiques qui constituent autant de freins au développement. Faute de quoi, tout financement ou tout programme d’aide semble voué, dans le meilleur des cas à un succès de long terme des plus incertains. Ce truisme, maintes et maintes fois répété, évoqué, reste malheureusement toujours d’actualité. Une approche durable du développement urbain commence ainsi par la volonté de quitter d’anciennes habitudes, auxquelles se mêlent également des réflexes culturels, pour se tourner vers une culture de la donnée objective : cela implique, pour les Etats, les administrations et les villes concernées, de recueillir et de stocker une information écrite rationnelle, fiable et utile : cette information doit, à son tour, permettre la mise en place de projets et de politiques mieux ciblés répondant à des défis réels. De tels éléments faciliteront la réalisation de programme d’accompagnement mieux ciblés ; ainsi, comment envisager un aménagement du territoire et des paysages urbains pertinents sans cadastre digne de ce nom ni données fiables ? Cette culture de la stabilité et de l’objectivité retrouvée pourrait, au – delà influer sur le développement d’un climat des affaires plus serein car s’appuyant désormais non plus sur une expression éminemment subjective, fluctuant souvent elle – même selon l’interlocuteur, le service ou la communauté rencontrés, mais sur des éléments solides, gages de crédibilité et de succès des projets. Les défis démographique et urbain qui attendent l’Afrique – et donc le monde demandent cependant plus que jamais vigilance et inventivité. L’extrême diversité des situations locales a en effet régulièrement montré par le passé que promouvoir le développement, combattre la pauvreté sous toutes formes requièrent une compréhension du terrain et surtout une capacité d’adaptation et d’utilisation des spécificités locales. L’exemple de la gestion et de la distribution de l’eau dans plusieurs villes africaines est, sur ce point, édifiant. A l’encontre d’une conception longtemps dominante qui faisait de la notion de « réseau » la forme la plus évident voire la plus performante en matière de fourniture de services urbains, il ressort aujourd’hui que bien d’autres formes comme les « biens de club », imaginés par les acteurs locaux, nées des carences ou insuffisances des systèmes publiques, sont déjà à l’œuvre et offrent des solutions opérationnelles qui doivent être prises en compte. 3. Conclusion Les villes africaines ne sont pas prêtes à recevoir le choc d’une croissance démographique sans précédent. L’état des infrastructures existantes a peu de chance de résister, demain, à cet afflux massif d’urbains et les modes de gouvernance actuels ne sont pas armés pour accueillir une jeunesse surabondante et tendant à s’affranchir, une fois en ville, des modes d’organisation et d’autorités traditionnelles. D’énormes investissements sont donc dès aujourd’hui nécessaires afin, au mieux d’accueillir, au pire, d’amortir cette révolution humaine. La ville africaine de demain est vouée à l’échec, tant les défis dépasseront la capacité de ses structures et de ses responsables. Un tel accompagnement suppose avant toute chose une volonté des Africains de faire évoluer un certain nombre de pratiques et de comportements : approximations, absence de données solides qui créent l’incertitude et engendrent, par exemple dans le domaine foncier, arbitraire et corruption. Il suppose également de la part de l’aide internationale la mise en place de politiques et de projets de développement s’inscrivant dans la durée, où l’expérimentation, l’abandon de modèles classiques et systématiques au profit de modèles parfois déjà en place et opérationnels ou encore une approche résolument « englobante », doivent être privilégiés. Ce changement de paradigme n’est pas sans effet sur le financement du développement lui – même : si l’âge des prêts est loin d’être révolu, celui, sans doute moins immédiatement visible de l’expertise technique, de la formation, de l’accompagnement de long terme sur des problématiques transversales, celui du croisement entre les moyens de la coopération décentralisée, les fondations privées et les bailleurs classiques, amenés, donc, à l’harmoniser et à développer les procédures de co – financements devrait aujourd’hui retrouver une place de choix, sous peine de provoquer de déceptions immenses. Ce point vue est discutable si nous considérons les des projets de développement qui mettent en partenariat les structures de l’Etat et les agences de coopération internationale. Il est reproché aux structures de l’Etat le manque de crédibilité qui se manifeste par la difficulté de justifier les fonds mis à disposition. Et ils sont à compter à bout de doigts ces pays africains qui s’efforcer à honorer ses engagements vis-à-vis des bailleurs des fonds. Donc, il est important que les villes africaines s’aligne à cette approche durable du développement urbain en fournissant les efforts de quitter d’anciennes habitudes, pour se tourner vers la rationalité.
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