De la ville en Afrique noire
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(2006/5)

  • @floriantrani

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    5 months ago (last updated 5 months ago)
    1- Livre de Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne française du XXème siècle, de la ville en Afrique Noire traite, comme son nom l'indique, de l'évolution de la ville dans la région de l'Afrique Noire. c'est un livre qui met en évidence l'évolution de l'urbanisation de cette région bien avant la colonisation. Il va aussi mettre en évidence, aussi bien les avantages que les inconvénients de cette urbanisation qui a transformé et transformera encore l'Afrique Noire... La quasi-totalité des villes les plus peuplées du monde se situent hors d’Occident et, si l’on excepte Tôkyô, de préférence dans les pays du Sud. Le rôle de « meltingpot » culturel joué par la ville demeure vivace en Afrique, où la diffusion culturelle du mode de vie urbain est en plein essor au-delà des limites municipales. C’est pourquoi les études récentes sur la ville africaine, plutôt que d’insister sur la nécessaire « adaptation » des Africains à la ville (occidentale) – ce qui fut le thème dominant de l’anthropologie africaniste de langue anglaise des années 1960-1980 mettent l’accent sur la créativité africaine urbaine; les villes ne sont pas pour les Africains des lieux d’adaptation, ce sont comme auparavant des lieux de syncrétisme et d’échange. Ce ne sont plus les Africains qui doivent « s’adapter » à un modèle urbain qui leur est étranger, les Occidentaux (experts de l’urbanisme inclus) qui doivent accepter de recourir à de nouveaux instruments d’analyse pour comprendre comment et pourquoi les Africains génèrent des modèles urbains pour lesquels les instruments conceptuels d’analyse habituels s’avèrent inopérants. En d’autres termes, qu’est-ce qui fait que des villes qui, selon les normes occidentales, ne devraient pas « marcher », fonctionnent, et même ne fonctionnent pas si mal que cela, en tous les cas répondent souvent aujourd’hui mieux que les campagnes aux besoins et aux demandes de citadins en passe de devenir majoritaires ? C’est que les espaces urbains exercent une influence déterminante sur les processus de changements sociaux et culturels. Plus que jamais les villes africaines sont, comme ailleurs, des lieux de médiation et de pouvoir, donc d’élaboration sociale et politique et d’invention culturelle. D’où l’intérêt du ton alors très nouveau adopté par l’épais dossier de synthèse entrepris par l’Université des Nations unies en 1994 et publié en 1997. L’ouvrage résulte d’une collaboration anglo-franco-africaine entre les meilleurs spécialistes. Le postulat est que les métropoles africaines constituent à la fois le moteur de la croissance économique nationale et régionale et les pôles de créativité culturelle et technique, en même temps qu’elles attirent et abritent une masse croissante de pauvres et de démunis de toutes sortes et qu’elles sont à l’origine des pollutions majeures de l’environnement. Nous comprenons mal la dynamique de ces villes et des systèmes urbains qui les sous-tendent, ce qui limite d’autant notre capacité à remédier à leurs dysfonctionnements. D’où l’intérêt de replacer la question dans une histoire longue (fort correctement documentée) et de périodiser les conditions d’évolution de ces villes depuis l’indépendance. La première partie détaille les éléments et les étapes de l’intégration des grandes villes africaines à l’économie mondiale, qui a provoqué depuis trente ans des transformations majeures tant au niveau de la production que de la consommation. Il importe d’analyser pourquoi l’impact de la mondialisation exerce sur les villes africaines des influences plus contradictoires que dans le reste du monde, et plus souvent négatives : ainsi, en dépit de l’urbanisation aujourd’hui la plus rapide du monde, le continent africain ne comporte pas encore, et ne paraît guère près d’abriter des « world cities », c’est-à-dire des « villes mondiales » capables de régir les réseaux internationaux de la production, de la finance et de la politique. Ni Le Caire ni Johannesburg, les plus peuplées et les mieux dotées, ne paraissent en mesure d’atteindre ce niveau; comment peut-on rendre compte de cet état de fait, à partir de leurs héritages culturels et historiques, en particulier – mais pas seulement – de leur passé colonial chaque fois spécifique ? La ville comme lieu privilégié de l’extraversion africaine est une idée force déjà proposée par Jean-François Bayart : c’est l’historicité du processus qui a fini par rendre les Africains sujets de leur dépendance. S’y ajoute la question de mesurer la capacité – loin d’être inexistante – de ces villes à assurer leur propre aménagement, leur survie, voire leur croissance, en allant de la mieux dotée en pouvoirs financiers et potentialités humaines, comme Johannesburg, à la plus apparemment dépourvue aujourd’hui du moindre appareil administratif, comme Kinshasa. C’est l’objet de la deuxième partie, composée d’une série de monographies mettant en rapport des villes issues de situations très différentes : monde arabo-musulman de l’Afrique du Nord, colonisation de peuplement ou d’exploitation, de tradition anglophone ou francophone (Le Caire, Johannesburg, Lagos, Kinshasa, Abidjan et Nairobi). Enfin, la troisième partie adopte un plan thématique cherchant à préciser, d’une part, quelles sont les fonctions économiques ou politiques comparées des différents types de ville, et aussi, non moins important, comment les citadins fonctionnent dans leur cité : quelles ont été, sont et pourraient être les innovations explorées par les communautés urbaines de base, les quartiers, les associations de femmes, les ONG et, en définitive, une société urbaine civile et politique en pleine gestation ? Bref, si les spécialistes de la question n’y trouveront pas nécessairement des constats nouveaux, c’est un ouvrage richement documenté et sagement mesuré qui, sans crier au miracle, nous change agréablement des antiennes « afro-pessimistes » dont nous sommes abreuvés. Le continent africain sub-saharien, pour toute une série de raisons qui continuent d’interpeller les historiens mais qu’il n’y a pas lieu de réexaminer ici, a été jusqu’à une époque récente très peu urbanisé. Avec l’urbanisation, qui s’est accélérée à partir du milieu du XXe siècle, la population des villes est seulement aujourd’hui en passe de devenir majoritaire, même si nombre d’États, pour des raisons d’ailleurs diverses, ont fait le saut depuis une vingtaine d’années au moins : comme l’Afrique du Sud en raison de l’avance industrielle des Blancs, le Gabon, le Congo ou la Mauritanie pour des raisons en grande partie minières, ou le Sénégal malgré des statistiques trompeuses, comme elles le sont toutes d’ailleurs Le partage entre citadins et ruraux n’obéit pas aux...sans même parler des villes sud-africaines de l’apartheid, où la majorité des citadins africains n’était guère prise en compte puisqu’ils étaient clandestins. Auparavant, si les villes anciennes d’Afrique ont pu jouer un rôle fort important et parfois déterminant sur le plan politique et économique, elles ont été en général peu nombreuses et relativement peu densément peuplées. Mais cela ne signifie pas qu’elles ont été inexistantes. On a trop lu chez les urbanistes des années 1950 et 1960 des commentaires sur les villes africaines (certes, cela a des caractères urbains, mais ce ne sont pas de « vraies villes ») pour ne pas réagir. L’« idée » de ville risque en permanence en histoire d’être restrictive, c’est-à-dire plus « eurocentrée » qu’il n’y paraît. Car l’« idée » de ville que transmet le chercheur est, s’il n’y prend garde, celle de sa propre civilisation. Ce que je voudrais donc montrer ici, c’est que, contrairement aux idées reçues, non seulement l’idée de ville est ancienne et enracinée en Afrique, mais que, à l’heure actuelle, l’existence même de ces villes qui ne ressemblent pas aux nôtres constitue un défi pour les chercheurs en histoire urbaine, qui devrait les inciter à remettre en cause nombre de concepts reçus jusqu’à présent comme acquis. Ainsi, les travaux sur l’histoire urbaine en Afrique se sont multipliés ces dernières années, aussi bien en langue française qu’en langue anglaise. Ils ont renouvelé les connaissances établies dans les années 1970, au tournant de l’époque coloniale et des débuts de l’indépendance, alors dominées par deux idées-forces : les Africains étaient des ruraux, de tout temps « étrangers à la ville  »; le « biais urbain » (urban bias) faisait de la ville en Afrique un mal social, une espèce d’aberration invivable qu’il fallait combattre en entravant autant que possible la migration rurale alors effectivement accélérée vers les métropoles nationales. Bibliographie : -https://www.jstor.org/stable/40284970?seq=1#page_scan_tab_contents -http://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1994_num_42_1_3056_t1_0131_0000_7 -https://www.cairn.info/revue-annales-2006-5-page-1087.htm
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