Et si l'agriculture sauvait l'Afrique ?
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(2012)

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    Ouvrage étudié : BICHAT H., 2012. Et si l’agriculture sauvait l’Afrique ?. Editions Quæ, Versailles. Présentation du contexte de l’ouvrage : Cet ouvrage s’établit dans un contexte économique, social et politique d’une Afrique en pleine crise économique et sociale et en profond sous-développement technologique par rapport au reste du monde. En réaction à l’émergence de nombreux ouvrages d’économistes, d’anthropologues et d’hommes politiques africains et étrangers à ce continent, l’auteur souhaite appuyer avec cet ouvrage l’intérêt d’un développement agronomique en Afrique. L’auteur témoigne des différentes dimensions auxquelles est attachée la discipline de l’agriculture et à quel point ses racines ne demeurent pas seulement dans des dimensions techniques et économiques mais également sociétale, géographiques et culturelles. Il fait également compte de l’incapacité de l’économie occidentale, européenne et américaine, de prendre en compte les ressorts profonds de l’agriculture africaine. Il rappelle ainsi le caractère essentiel de l’agriculture dans le développement économique d’un territoire. De par son expérience professionnelle et les nombreuses années qu’Hervé Bichat a passé à travailler en Afrique dans l’accompagnement des agriculteurs africains mais également son importante contribution et son statut dans plusieurs institutions françaises, il inscrit cet ouvrage comme l’un des plus riches et complets traitant de l’agriculture africaine et de son intérêt pour une relance économique du continent à l’échelle locale et mondiale. Présentation de l’auteur : Hervé Bichat est un écrivain et un ingénieur général au ministère français de l’Agriculture. Passionné par le continent africain et son développement en devenir. Hervé Bichat accompagne les agricultures de l'Afrique de l'Ouest depuis 1959. Il a notamment été le premier directeur général du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), avant de diriger l'Institut national de la recherche agronomique, puis la Direction générale de l'enseignement et de la recherche au ministère de l'Agriculture. Résumé du propos général de l’ouvrage et hypothèse personnelle : Les limites géographiques de l’essai sont posées : il s’agira principalement d’apports concernant l’Afrique de l’Ouest, particulièrement les zones tropicales humides. L’ouvrage est structurée en deux parties principales. La première traite des causes de la situation actuelle de l’Afrique subsaharienne. La seconde quant à elle, traite davantage des problématiques et des apports des productions agricoles africaines. L’auteur conclut par la suite à trois orientations à privilégier selon les différentes problématiques énoncées durant l’essai et pouvant être ré-évaluées selon la mise en place de politiques agricoles adaptées. Dans la première partie de l’essai, traitant des causes de cette situation, l’auteur met en avant les facteurs naturels, sanitaires, socio-culturels et politiques favorisant cette crise africaine. Dans la seconde partie, on s’intéresse davantage à la question du bon développement agricole et des multiples défis à relevés (du point de vue des choix notamment politiques, économiques et sociaux) pour accéder à ce dernier. Cet écrit, de prime abord plutôt éloigné du sujet de planification urbaine et de la ville africaine, demeure nécessaire dans la compréhension des logiques de planification à adopter. En effet, il s’agira de mettre en exergue la thèse selon laquelle la ville ne peut être pensée ex-nihilo, comme déconnectée de ce qui l’entoure et des territoires ruraux. Il est nécessaire de prendre en compte le monde rural à des fins de développement viable et durable de la ville et plus largement du territoire africain. L’agriculture demeure un point de développement central qu’il s’agirait de prendre en compte dans les planifications urbaines des villes africaines afin que la ville participe pleinement au bon développement des zones rurales et ne témoigne plus cette ignorance à leur égard qui a comme conséquence de faire perdurer la pauvreté dans les campagnes et donc l’exode rural qui favorise la création de bidonvilles. Quatre thèmes de raisonnement de l’ouvrage : 1960-2010 : un changement dramatique de perspective : Dans cette première partie, l’auteur décompose l’état de développement général de l’Afrique dès années 1960 à 2010 par période et indique comment l’Afrique a connu durant cette période une régression brutale. Dans un premier temps il fait état de la période d’après Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux années 1970, durant laquelle l’Afrique a connu un développement économique et politique très fructueux de par de nombreuses raisons telles que de pluies répétitives chaque année et donc un fort développement agricole, les aides du FIDES pour les colonies africaines, les investissements de grandes entreprises… entrainant le développement d’infrastructures publiques et l’indépendance de certains pays. Malheureusement, force est de constater aujourd’hui que ce développement n’a pas perduré dans le temps car à l’heure actuelle l’Afrique subsaharienne est au coeur des préoccupations mondiales concernant le sous-développement de son territoire en termes économiques, sociaux et politiques pour certains. L’auteur fait ensuite un bref état des lieux de la situation de crise de l’Afrique et de ses facteurs. Il liste parmi ces derniers : l’état inquiétant des productions agricoles (fortement atteintes par l’explosion démographique de l’Afrique et entrainant la dégradation des sols), l’état sanitaire préoccupante du continent (manque d’accès à l’eau et maladies), une importante dégradation de la confiance étatique en raisons de nombreuses corruptions et détournements (entrainant guerres civiles et détruisant des infrastructures) tout ceci entrainant une crise économique sans précédent et donc l’apparition de commerces illicites. Les causes apparentes de la situation actuelle de l’Afrique : Dans cette seconde partie de développement, l’auteur tente de lister les causes apparentes de cette situation de crise en Afrique afin de comprendre les raisons principales ayant amenées à cette situation. Ainsi, il pointe du doigt la responsabilité évidente des ex-pays colonisateurs du continent africain qui ont exploité les ressources de leur colonie sans les peupler en raison de leur état sanitaire mais en prenant soin de ne pas les accompagner vers un développement de leurs productions et de leurs infrastructures. Durant toute la lecture de cette ouvrage, nous découvrons au fur et à mesure pourquoi et comment les colonies européennes peuvent être tenues comme les premières et les principales responsables de l’état actuel de l’Afrique. La faiblesse des infrastructures publiques bloque également largement le développement local ou interne au continent, favorisant surtout les liaisons internationales des villes côtières au monde. D’importants handicaps économiques et financiers mais également sociologiques sont pris en compte dans cette analyse. L’auteur pointe du doigt l’énorme intérêt économique et social que représenterait un commerce davantage intra-africain, aujourd’hui beaucoup trop contraint par des frais de douane exubérants. La planification urbaine a un rôle alors central à jouer dans ce sens, elle se doit de prendre en compte cette volonté de lier les pays et les territoires africains davantage entre eux. Une vitesse d’urbanisation trop importante est également tenue pour responsable car elle déstabilise les économies et empêche un développement des infrastructures convenables pour tous. Je rajouterai que cette urbanisation, trop rapide, aggrave la pauvreté avec la création de bidonville et délaisse complètement, voir tourne le dos, à une zone rurale pleine de richesses. Enfin, les problèmes politiques sont inhérents à la représentation de l’Etat comme une machine prédatrice, seulement capable de corruption et de détournement. L’Etat n’a pas sa place et les solidarités se développent davantage au sein de petits groupes, de quartiers, de familles. Les causes structurelles de la situation actuelle de l’Afrique subsaharienne : S’en suit une partie de la réflexion globale de l’auteur, extrêmement importante et intéressante en lien avec les planifications urbaines en Afrique, que sont les causes structurelles de la situation actuelle de l’Afrique. Ces causes structurelles, si elles sont prises en cause par les instances en charge de la planification, pourraient être utilisés à bon escient et comme un atout au lieu de demeurer des contraintes. Il met en exergue la viscosité de l’Afrique noire et les trois facteurs qui y sont liés. Tout d’abord, les facteurs naturels comptant les difficultés d’accès de l’Afrique noire par la mer, le nombre limité de fleuves côtiers, la barrière physique et culturelle que représente le Sahara, la forme de l’Afrique qui en s’étalant du Nord au Sud implique d’importants changements climatiques et donc culturels, et enfin, la fragilité des sols africains qui demeure de plus en plus aggravante. Ensuite, on relève les facteurs sanitaires et leurs impacts démographiques, il explique alors que l’explosion démographique qu’a vécu l’Afrique après la Seconde Guerre Mondiale est largement responsable des drames du continent. Cette explosion démographique a en effet entrainé un besoin en alimentation extrêmement important que les productions agricoles n’ont pas pu suivre menant alors les grandes agglomérations à se tourner vers le commerce international dont les prix étaient moindres pour l’alimentation et répondre aux famines et donc, ne supportant plus ses propres agriculteurs. Enfin, les facteurs socioculturels et la question de la gouvernance représentent la viscosité de l’Afrique noire de par le pacte fondamental de solidarité entre l’individu et la famille au sein de la culture africaine, le financement des classes dominantes africaines préférant le commerce de luxe et l’esclavage aux productions agricoles pouvant nourrir les populations, ou encore le phénomène des Big Men dont la mise au pouvoir fut très souvent douteuse et finissant par être largement corrompus. Conditions de développement d’une agriculture pérenne et salvatrice en Afrique noire : Durant toute une seconde partie de l’ouvrage, l’auteur tente de dresser des sortes de conditions au bon établissement de politiques agricoles afin que ces dernières soient les plus efficaces possibles. Il prend alors en compte de nombreux facteurs, pouvant agir sur le (plus ou moins) bon développement de ces politiques agricoles et donc des productions agricoles locales et respectueuses des terres africaines. Ainsi, l’auteur exprime l’importance du rôle de l’Etat pour supporter et influer le développement technologique et économique des productions agricoles qui ne peuvent pour l’instant se placer de façon compétitive face aux marchés mondiaux. L’intérêt se placerait alors dans l’émergence de marchés régionaux agricoles en appuyant cette politique agricole mise en place par l’Etat, par des mouvements sociaux. Redonner un rôle à l’Etat dans les politiques agricoles leur permettrait également de replacer le long terme dans l’actualité, ce qui est absolument nécessaire pour assurer le développement des productions agricoles africaines et empêcher la dégradation des sols plus qu’elle ne l’est aujourd’hui. Enfin, l’adaptation des régimes fonciers à leur nouvel environnement agro-écologique et social est indispensable. Une réforme des régimes fonciers permettrait alors un bénéfice durable pour les agriculteurs, assurer une plus grande certitude juridique et enfin faire émerger des véritables marchés fonciers et justifier la mise en place d’un impôt foncier pour le financement agricole. Résumé et pistes critiques : En conclusion, cet ouvrage s’inscrit comme un véritable résumé structuré de l’histoire du développement africain depuis les années d’après guerre et des causes du déclin de ce dernier. Il met les compétences et les ressources agricoles, techniques et climatiques de l’Afrique en avant afin d’en dresser un portrait prometteur si l’on promet de mettre en oeuvre des politiques publiques qui pourraient les faire exister et les faire perdurer. Je regrette seulement que l’ouvrage ne soit pas davantage accompagné de solutions spatiales, de liens et de connexions que pourraient entretenir les pays de l’Afrique noire pour sortir de cette crise. En effet, de nombreux points sociaux, politiques et économiques sont soulevés, mais à l’heure où l’urbanisation et l’exode rural est de plus en plus important, la planification urbaine doit prendre sa place dans ces logiques de ré-organisation des sociétés africaines afin de davantage communiquer et interagir entre elles. Ainsi, j’imagine, grâce à la lecture de cet ouvrage, qu’un développement agricol en campagne soutenu par les institutions nationales et municipales des villes qui lui sont proches, auraient d’énormes avantages. En effet, les avantages seraient doubles, à la fois pour améliorer la vie en campagne et assurer des revenus aux agriculteurs locaux, mais également pour réduire la croissance démographique urbaine et désengorger les villes. Ceci impliquerait un investissement des agglomérations dans des infrastructures de réseaux villes / campagnes développant selon la diversité des régions et de leurs sols des produits divers afin de tendre à plus d’interdépendance entre les territoires africains et non plus une dépendance du commerce alimentaire étranger. Désengorger les villes est un des point primordial de la crise humanitaire en Afrique. En évitant l’exode rural, les bidonvilles se réduisent et on lutte ainsi contre la pauvreté tout en investissant localement et durablement. Il s’agirait alors, de façon concrète, de mettre en place des systèmes de liaisons villes / campagnes plus importantes. Le soutien des productions agricoles par les agglomérations est nécessaire pour assurer leur survie et leur développement et peu à peu, replacer l’Afrique noire dans une logique de d’inter-dépendance interne à ses pays membres et plus de dépendance au marché international. Ainsi, l’Afrique pourrait peu à peu, se replacer au niveau de la scène internationale à terme, en développant des espèces végétales ou animales locales qui pourrait concurrencer d’autres productions internationales. Bibliographie : Banque mondiale, 2007. L’agriculture au service du développement. World Bank, Washington D.C. Banque mondiale, FAO, 2009. Awakening Africa’s Sleeping Giant - Prospects for Commercial Agriculture in the Guinea Savannah Zone and Beyond. World Bank, Washington D.C., FAO, Rome. Bichat H.H., 2011. La place de la biomasse dans les bouquets énergétiques à l’horizon 2050. Association « Prospective 2100 », Meudon. Boserup E., 1970. Évolution agraire et pression démographique. Flammarion, Paris. Castro (de) J., 1951. La géopolitique de la faim. Les éditions ouvrières, Paris. Chevassus-au-Louis B., Griffon M., 2008. La nouvelle modernité : une agriculture productive à haute à haute valeur écologique. In : Déméter 2008 - Économie et stratégies agricoles. 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