Julien Chassereau, Pauline Chassereau: "Le plus grand débat qui a traversé toute la peinture depuis la Renaissance est celui que les historiens de l’art appellent le paragone du disegno et du colorito, c’est-à-dire l’opposition entre le dessin et le coloris. Il peut sembler à première vue une querelle d’ateliers. En réalité, il touche aux questions fondamentales de la nature de l’art, de ce qu’est la connaissance, et de ce que la peinture peut ou doit vouloir dire.
C’est dans l’Italie du XVIe siècle que naît l’affrontement entre deux grandes écoles de peinture. Pour les Florentins, dont le porte-parole le plus éloquent est Giorgio Vasari, le dessin est « le père et la fondation de tous les arts visuels, le principe animateur de tout processus créateur » (Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, 1550). Comprenons bien ce que cela signifie. Ce n’est pas seulement la technique du trait et du contour, c’est l’expression de l’intellect du peintre, la mise en forme de son idée, la preuve qu’il pense avant de peindre. Une thèse que confirme le grand historien Erwin Panofsky, qui a souligné que le disegno est, dans la théorie esthétique de la Renaissance, l’équivalent de l’idée platonicienne, une forme pure que l’artiste tire de son esprit et impose à la matière ; une « étincelle divine ».